Étienne BONNOT de CONDILLAC

(France, 1715-1780)

Dans son traité d'économie politique, "Le commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre" en 1776, il formule une théorie de l’intérêt et de la valeur : "La valeur des choses est fondée sur leur utilité, ou ce qui revient au même sur le besoin que nous en avons, ou ce qui revient au même, sur l’usage que nous pouvons en faire."

Condillac se situe contre Descartes et dans la lignée de l'empirisme de Locke sur le problème de l'origine des idées (se référer, sur le débat empirisme / intellectualisme, à la notice consacrée à Hume). Il est convaincu de l'impossibilité des idées innées. On constate d'ailleurs une évolution de sa pensée. Le Condillac de L'essai sur l'origine des connaissances humaines distingue, comme Locke, sensation et réflexion. Celui du Traité des sensations voit au contraire dans la sensation l'origine intégrale des faits psychiques (y compris de la réflexion elle-même), les facultés n'étant que sensations transformées. Rien n'est alors dans l'intellect qui n'a pas été d'abord dans la sensation. En termes philosophiques, on dira que Condillac a évolué de l'empirisme au sensualisme. Si « nos premières idées ne sont que peine et plaisir », ce n'est qu'ensuite que l'esprit intervient pour comparer, lier et combiner les idées, esprit lui-même issu de la combinaison des sensations. Ceci permet de distinguer la normalité de la folie (le fou lie trop les idées entre elles) et de la stupidité (qui, au contraire, ne les lie pas assez)
La grande originalité de Condillac reste néanmoins le rôle qu'il attribue au langage. Il n'est plus pour lui une simple expression de la pensée mais a, au contraire, un rôle déterminant dans son élaboration. Une pensée sans signe resterait limitée à la perception et à l'imagination sans jamais atteindre l'abstraction et la combinaison d'idées. Le langage, en tant qu'il fonde la pensée abstraite et réflexive, est donc bien ce qui distingue l'homme des autres animaux.
Le langage est pour Condillac une invention humaine. Il est institution et, dès lors, le rapport du mot à l'idée est arbitraire (comme, plus tard, chez Saussure). Préfigurant la distinction saussurienne entre langue et parole, Condillac voit que l'acte de parole est une initiative volontaire de l'individu mais que les règles de fonctionnement de la langue sont indépendantes des individus.
En dehors du langage, la seule source de nos connaissances et de nos facultés est la sensation. Par dérivation et composition de ces sensations naissent les fonctions d'entendement et de volonté. On voit donc bien que, contrairement à Locke, Condillac ne sépare pas fonctions sensibles et fonctions intellectuelles. Ces dernières ne sont que dérivées de l'attention, elle-même née de la vivacité de la sensation.
Le moi n'est alors plus la substance pensante de Descartes mais un effet de la combinaison des sensations transformée par le langage.
Condillac se rattache au nominalisme : les noms ne sont que des étiquettes par lesquelles nous classons l'expérience et aucune idée n'existe en dehors de sa dénomination c'est-à-dire hors du langage. « Si vous croyez que les idées abstraites sont autre chose que des noms, dites ce qu'est cette autre chose » (La langue des calculs) Signalons que Condillac est l'auteur de l'article Nominaux de L'Encyclopédie. La science est une « langue bien faite ». Le langage fonctionne comme une sorte de modèle de tous les savoirs.
Les principales œuvres.

* Essai sur l'origine des connaissances humaines, 1746
* Traité des systèmes, 1749
* Traité des sensations, 1754
* Cours d'études pour l'instruction du prince de Parme, 1769-1773
* Le commerce et le gouvernement considérés relativement l'un à l'autre, 1776
* Logique ou les premiers développements de l'art de penser, 1780
* La langue des calculs, posthume : 1798


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