Frédéric LORDON


Frédéric Lordon est un économiste et sociologue français né le 15 janvier 1962.
Il est directeur de recherche au CNRS et chercheur au Centre de sociologie européenne (CSE). Il est membre du collectif Les économistes atterrés.

Ancien élève de l'École nationale des Ponts et Chaussées (promotion 1985) et de l'Institut supérieur des affaires (promotion 1987), devenu MBA HEC, Frédéric Lordon soutient sa thèse de doctorat en 1993 à l'EHESS sur les « Irrégularités des trajectoires de croissances, évolutions et dynamique non-linéaire. Pour une schématisation de l'endométabolisme », sous la direction de Robert Boyer. Parallèlement à ses études doctorales, il est chargé d'étude à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et chargé d'enseignement à l'IEP de Paris4.
Ses travaux comportent notamment un programme de recherche « spinoziste » en sciences sociales et en sociologie économique. Il vise à rapprocher étroitement la science économique de la sociologie.
Il décrit sa position dans le champ des sciences économiques comme « hétérodoxe » et, ce faisant, partage les thèses de l'école régulationniste et particulièrement celles qui posent le caractère ontologique des luttes au sein des faits sociaux. Il fait sienne la formule de Michel Foucault selon laquelle « la politique est la guerre continuée par d'autres moyens», paraphrase retournée de la formule de Clausewitz : « la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens. »
Il réinterprète le conatus spinoziste afin de se dégager de l'emprise du structuralisme althusserien et réintroduire la dimension de l'action des individus-sujets au cœur des rapports sociaux et des sociétés. Considérés comme des élans de puissance, les individus spinozistes sont déterminés par des affects extérieurs qui orientent leur comportement. Lordon oppose cette thèse à l’humanisme subjectiviste autodéterminé qui forme le cœur de l’imaginaire néolibéral.
Il participe au Manifeste d'économistes atterrés et soutient les Rencontres déconnomiques auxquelles il participe activement en 2012. Au printemps 2016, il intervient à de nombreuses reprises dans le cadre du mouvement Nuit Debout.

Collaborateur régulier du mensuel Le Monde diplomatique, il entretient un blog intitulé " La pompe à phynances " hébergé par ce journal.

Dans l'édition de février 2007 du mensuel, il propose la mise en place d'une taxe nouvelle, le SLAM , ainsi que la suppression de la Bourse dans un article paru, quant à lui, en février 2010.

Dans un article de mai 2010, il revient sur une notion traditionnellement rejetée par la gauche, puis par une grande partie de la droite institutionnelle depuis que le Front national en a fait sa doctrine centrale, la notion de souveraineté en économie en prenant le cas japonais :
« À rebours de l'idéologie de la mondialisation qui fait l'apologie de la suppression de toutes les frontières, et spécialement de celles qui pourraient être opposées aux mouvements de capitaux, le cas japonais […] offre l'exemple d'une configuration non seulement viable, mais dotée d'assez bonnes propriétés. »
En rappelant que « l'histoire des xixe et xxe siècles a donné suffisamment de raisons de se méfier de l'hypertrophie du principe national qui a pour nom nationalisme […] », il rappelle qu'en « détruisant l'idée de nation, le libéralisme détruit du même coup celle de souveraineté, en prenant bien soin, signe de sa parfaite hypocrisie, d'éviter toute reconstruction de souveraineté à des échelles territoriales élargies. »
Le SLAM
Le SLAM (Shareholder Limited Authorized Margin, ou « marge actionnariale limite autorisée ») est une proposition de « plafonnement par un écrêtement fiscal de la rémunération des actionnaires »émise par Frédéric Lordon pour lutter contre ce qu'il considère être les « ravages de la finance » produits par les nouvelles stratégies boursières sacrifiant l'emploi à la rentabilité et leur impact macroéconomique, découlant de la croyance dans le théorème de Schmidt. Le SLAM consiste à fixer un niveau de rentabilité actionnariale maximal au-delà duquel est appliqué un taux d'imposition confiscatoire. Pour déterminer les profits générés, on inclut à la fois les dividendes versés mais aussi les plus-values réalisées lors de la cession.
Le niveau couperet se nomme « TSR » (Total Shareholder Return) et serait ainsi fixé : connaissant aisément le taux d'intérêt pour des actifs sans risque, on n'autoriserait qu'une prime maximum liée au risque (dont le montant doit être discuté). Frédéric Lordon propose pour l'heure un TSR de 6-7 %.
L'effet bénéfique attendu d'une telle mesure est de réduire la pression actionnariale sur les entreprises cotées et par contre-coup sur les entreprises non cotées sous-traitantes des premières. Cela permet, tout en rémunérant correctement le capital, de ré-envisager plus sereinement la répartition des richesses et notamment le niveau d'emploi et de salaire, ainsi que d'améliorer les conditions sociales des salariés.
État d'urgence en France en 2015
Le 24 novembre, plusieurs intellectuels français publient dans Libération une tribune appelant à manifester le 29 novembre à Paris malgré l'interdiction. Ils notent que « C’est une victoire pour Daesh que d’avoir provoqué la mise sous tutelle sécuritaire de la population tout entière », dénoncent la « mise sous tutelle sécuritaire de la population tout entière [...] S’il existe quelque chose comme une valeur française, c’est d’avoir refusé depuis au moins deux siècles de laisser la rue à l’armée ou à la police [...] nous n’acceptons pas que le gouvernement manipule la peur pour nous interdire de manifester ». Parmi les signataires : Frédéric Lordon, Pierre Alféri, Hugues Jallon, Éric Hazan, Jacques Fradin, Ivan Segré, Nathalie Quintane, Serge Quadruppani, François Cusset.
Le 30 novembre 2015, il signe l'Appel des 58 : « Nous manifesterons pendant l'état d'urgence ».
Réforme du Code du travail et Nuit debout
Au printemps 2016, Frédéric Lordon s’engage contre la réforme du Code du travail portée par la ministre Myriam El Khomri. Il intervient dans un amphithéâtre de l'université Panthéon-Sorbonne et prend la parole lors de la première « Nuit debout » Place de la République à Paris.
Publications
Ouvrages
Les Quadratures de la politique économique, Paris, Albin Michel, coll. Bibliothèque Albin Michel. Économie, 1997
Fonds de pension, piège à cons ? : mirage de la démocratie actionnariale, Paris, Raisons d’agir, 2000
La Politique du capital, Paris, Odile Jacob, 2002
Et la vertu sauvera le monde… : après la débâcle financière, le salut par l'« éthique » ?, Paris, Raisons d’agir, 2003
L'Intérêt souverain : essai d'anthropologie économique spinoziste, Paris, La Découverte, coll. Armillaire, 2006
Sous la direction d'Yves Citton et Frédéric Lordon, Spinoza et les sciences sociales : de l'économie des affects à la puissance de la multitude, Paris, Éditions Amsterdam, coll. Caute !, 2008
Jusqu'à quand ? Pour en finir avec les crises financières, Paris, Raisons d’agir, 2008
Sous la direction de Frédéric Lordon, Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme, Paris, Sciences Po-Les Presses, coll. Sciences Po. Gouvernances, 2008
La Crise de trop : reconstruction d'un monde failli, Paris, Fayard, 2009
Capitalisme, désir et servitude : Marx et Spinoza, Paris, La Fabrique, 201028
D'un retournement l'autre : comédie sérieuse sur la crise financière en quatre actes et en alexandrins, Paris, Éditions du Seuil, 2011, 134 p. (ISBN 9782021045772)
L'Intérêt souverain : essai d'anthropologie économique spinoziste, Paris, La Découverte, 2011, 240 p. (ISBN 9782707169167)
Économistes à gages (avec Serge Halimi et Renaud Lambert), coll. « Prendre parti », Paris, Les liens qui libèrent & Le Monde diplomatique, 2012, 100 p. (ISBN 9791020900104)
La Société des affects : pour un structuralisme des passions, Paris, Éditions du Seuil, coll. « L'ordre philosophique », 2013, 358 p. (ISBN 9782021119831)
La Malfaçon : monnaie européenne et souveraineté démocratique, Paris, Les liens qui libèrent, 2014, 295 p. (ISBN 9791020900937)
Imperium : structures et affects des corps politiques, Paris, La Fabrique, 2015, 358 p. (ISBN 9782358720700)
On achève bien les Grecs : chroniques de l'Euro 2015, Paris, Les liens qui libèrent, 2015, 272 p. (ISBN 9791020903662)
Ouvrages collectifs
Sous la direction d'Édouard Louis, Pierre Bourdieu. L'insoumission en héritage29, PUF, 2013, 192 p. (ISBN 978-2-13-061935-2)
Participation de Frédéric Lordon, Annie Ernaux, Didier Eribon, Arlette Farge, Geoffroy de Lagasnerie et Frédéric Lebaron.
Sous la direction de François Cusset, Une histoire (critique) des années 1990, De la fin de tout au début de quelque chose, La Découverte, 2014.
Bibliographie
Jérôme Baschet, « Frédéric Lordon au Chiapas », Ballast,? 9 mai 2016 (lire en ligne).


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