T.R. MALTHUS (1766-1834)

Economiste "pessimiste", il s'oppose à l'optimisme de Smith et Say par sa théorie de la population: cette dernière croît comme une suite géométrique, alors que les ressources augmentent à un rythme arithmétique. L'Europe occidentale est en effet au seuil de la transition démographique qui la conduira vers le régime de basse natalité et de basse mortalité que nous connaissons aujourd'hui. La croissance régulière est, de ce fait, impossible, et l'avenir est sombre si on ne limite pas la croissance démographique. Cette "loi de Malthus" est reprise par Marx, qui distingue la valeur de la force de travail et le produit de la force de travail.
Il prédit que la population augmente de façon exponentielle ou géométrique (par exemple : 1, 2, 4, 8, 16, 32, ...) tandis que les ressources croissent de façon arithmétique (1, 2, 3, 4, 5, 6, ...). Il en conclut à l'inévitabilité de catastrophes démographiques, à moins d'empêcher la population de croître.
Il prône aussi l'arrêt de toute aide aux nécessiteux, en opposition aux lois de Speenhamland et aux propositions de William Godwin qui souhaite généraliser l'assistance aux pauvres.
Les politiques de restriction démographique inspirées de Malthus sont appelées « malthusiennes ». Sa crainte tournait autour de l'idée que la progression démographique est plus rapide que l'augmentation des ressources, d'où une paupérisation de la population. Les anciens régulateurs démographiques (les guerres et les épidémies) ne jouant plus leurs rôles, il imagine de nouveaux obstacles, comme la limitation de la taille des familles et le recul de l'âge du mariage. Ces propositions ne sont appliquées à ce jour, toutes les deux, qu'en Chine populaire, qui en effet se pense obligée de limiter sévèrement sa démographie.
Les prévisions pessimistes de Malthus ont été mises à mal, car il n'imaginait pas une si grande augmentation des ressources et des rendements agricoles (révolution verte); les nouveaux moyens d'échanges internationaux de biens de subsistance; le fait qu'une partie du trop plein d'individus émigrerait vers les États-Unis ou les colonies, dont elle tirerait profit. Néanmoins aujourd'hui, la contrainte naturelle reste omniprésente: la révolution verte a induit une forte dépréciation de la qualité des sols et des nappes phréatiques. L'épuisement des ressources fossiles se rapproche dangereusement, à court ou moyen terme, et ce à cause notamment de la croissance phénoménale des échanges internationaux de marchandises et de personnes. N'oublions pas qu'aujourd'hui une large partie de la population consomme les ressources à crédit: il faudrait 9,2 terres pour que chaque individu puisse consommer comme un étasunien.
Cependant, il est intéressant de comparer deux situations du monde :
1960 : 3 milliards d'habitants, 2 milliards souffrant de malnutrition (soit 66%)
2000 : 6 milliards d'habitants, 800 millions souffrant de malnutrition (soit 13,3%)
En revanche, si les prévisions pessimistes de Malthus ont été retardées par la révolution industrielle, sa théorie est toujours valide sur le long terme :
Il est exact que la population est en croissance dans certains pays (6 enfants par femme en Arabie saoudite), que les progrès de l'hygiène et de la médecine augmentent la taille de la population, que les ressources renouvelables sur Terre sont limitées, in fine, par l'énergie solaire que reçoit celle-ci, qui elle-même détermine la biomasse, sauf découverte scientifique majeure. Dans ces conditions, les statistiques sont formelles : il ne sera pas possible à la population terrestre d'augmenter indéfiniment, et la régulation devra intervenir à un moment ou à un autre, et d'une manière ou d'une autre comme par la transition démographique.
Dans son "Essai sur le principe de population" (1798), Malthus développe une analyse anti- interventionniste en matière sociale. "Les lois des pauvres ...créent les pauvres qu'elles assistent..".

Le seul remède à la pauvreté ne peut venir que des pauvres eux-mêmes : davantage d'épargne, moins d'enfants ...

 


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