NAIRU sur la courbe de Phillips.

NAIRU = Taux de chômage n'accélérant pas l'inflation

Le taux de chômage n'accélérant pas l’inflation (en anglais : Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment ou NAIRU) est un indicateur économique qui, estimé économétriquement pour un pays et à un instant donné, mesure approximativement le taux de chômage qui serait compatible avec un taux d'inflation stable.
Le terme a été inventé par James Tobin, sur la base de recherches menées par Franco Modigliani et Lucas Papademos.

Le NAIRU est défini par l'OCDE comme le « taux de chômage d'équilibre vers lequel le chômage converge, en l'absence de chocs d'offre temporaires, une fois que le processus d'ajustement dynamique de l'inflation est achevé1. »

Le NAIRU est un indicateur, utilisé par les économistes pour mesurer deux éléments :

- l'écart entre le taux de chômage effectif et le NAIRU, qui donne une indication sur les futures évolutions du taux de chômage (qui tend à revenir vers le NAIRU) et de l'inflation (un taux de chômage inférieur au NAIRU indique la présence de tensions sur le marché du travail et de difficultés d'entreprises à recruter des travailleurs compétents qui sont susceptibles de pousser à la hausse les prix à la production) ;

- le taux de chômage structurel, qui est approximativement égal au NAIRU. Un taux de chômage structurel élevé peut notamment révéler l'absence ou l'inefficacité de mesures administratives, fiscales et réglementaires de l'État à permettre à ceux qui veulent travailler (population active) de travailler effectivement (population en emploi).

Le concept a été inventé en 1975 sous le nom de NIRU (non-inflationary rate of unemployment, taux de chômage non inflationniste) par les économistes Franco Modigliani et Lucas Papademos, afin de fournir une base théorique aux constatations empiriques résumées par la courbe de Phillips, équation économétrique qui relie chômage et inflation sur le court terme. Dans ce modèle, l'inflation provient d'une demande globale excessive, provenant d'un marché du travail tendu, ce qui pousse les salaires à la hausse, et oblige les entreprises à augmenter leurs prix afin de couvrir ces hausses. Le NIRU est le seuil du taux de chômage en deçà duquel ont lieu ces tensions ; lorsque le taux de chômage est supérieur au NIRU, l'inflation est faible.

À contrario, ces économistes néokeynésiens pensent qu'une inflation plus élevée permettrait un taux de chômage plus faible.

Le NIRU constitue la réponse des néokeynésiens au concept monétariste de chômage naturel introduit par Milton Friedman et Edmund Phelps en 1968. En effet, pour les monétaristes la courbe de Phillips à long terme est verticale : la demande globale n'influe pas sur le chômage, et il existe un taux de chômage naturel vers lequel tend le taux de chômage en l'absence de changements structurels sur le marché du travail. Ce taux serait indépendant du taux d'inflation et la politique monétaire ne peut pas modifier durablement le taux de chômage. Dans cette perspective, les monétariste voient dans la période de stagflation des années 1970, qui combine inflation et chômage élevés, une preuve de la véracité de leur approche.


Les nouveaux keynésiens modifient alors la courbe de Phillips (en:Triangle model), parlant de « courbe de Phillips augmentée ».

En 1980, James Tobin souligne la nature divergente de l'évolution de l'inflation en dessous du NIRU, et propose la formulation NAIRU pour en rendre compte. L'écart entre le NAIRU et le taux de chômage n'explique plus l'inflation, mais les variations de l'inflation :
- si le taux de chômage U est inférieur au taux de chômage naturel U*, l'inflation tend à augmenter ;
- s'il est supérieur, elle tend à diminuer ;
- s'il est voisin, elle reste constante.

F. Mishkin et A. Estrella considèrent les deux taux peuvent être assez éloignés, en raison des chocs d'offre et de demande qui, pris en compte dans l'estimation de la courbe de Phillips, peuvent écarter le NAIRU du taux de chômage naturel.

L'estimation du NAIRU apporte une indication sur le rôle que pourra jouer sur l'inflation à quelques trimestres d'échéance l'écart entre taux de chômage et NAIRU. Elle fait partie des nombreuses méthodes utilisées par les banques centrales pour mesurer les tensions inflationnistes ou désinflationnistes et prévoir l'inflation à court terme.
Par ailleurs, le NAIRU per se est utilisé par les économistes pour analyser la situation économique d'un pays
.
Selon la synthèse néokeynésienne, lorsque le taux de chômage est supérieur au NAIRU, il est alors possible de mettre en place une politique monétaire expansionniste sans risque de provoquer des tensions inflationnistes.
En revanche, toute tentative de faire tomber le taux de chômage sous le seuil du NAIRU par des politiques budgétaire et monétaire « de relance » serait vaine et n'aurait comme conséquence que d'augmenter le taux d'inflation sans faire diminuer le chômage.

Le NAIRU ne signifie pas qu'il est impossible de faire baisser le taux de chômage ; il ne fait qu'indiquer le niveau structurel du taux de chômage qui découle du cadre fiscal, législatif et règlementaire d'un pays. Par conséquent, les organisations internationales recommandent aux pays ayant un NAIRU élevé de réaliser des réformes économiques structurelles afin de réduire durablement leur chômage structurel.

FRANCE 2014 : NAIRU = 9,2 %


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