Pour une croissance où « l’être » prime sur « l’avoir » !

La course effrénée aux profits, conjuguée à une consommation devenue de plus en plus excessive, nous font croire à un bonheur économique garanti par l’augmentation du P.I.B. Cette augmentation permet à chaque acteur économique d’avoir davantage et donc de pouvoir satisfaire ses besoins selon l’adage : « c’est en ayant plus que l’on vit mieux ». Or, cette croissance qui détermine le niveau de l’emploi, qui conditionne notre niveau de vie et celui de notre protection sociale, reste encore en deçà du seuil de 2% du PIB. C’est pourquoi une croissance encore plus forte est tant espérée en cette période de fin d’austérité.

Il existe deux façons de la faire progresser.
La première consiste à produire plus avec la même quantité de travail au moindre coût au risque de mettre en péril le climat, d’épuiser les ressources naturelles, au risque d’appauvrir d’année en année la biodiversité dans les espèces animales et végétales, ou encore de précariser davantage le travail et d’aggraver les inégalités.
La seconde consiste à produire et à consommer autrement en préservant l’environnement naturel et la biodiversité, en développant les énergies renouvelables, en encourageant la recherche et le développement ainsi que la formation professionnelle et la qualité du travail. Créer des emplois, des richesses durables, répartir les revenus de manière plus équitable, et consommer moins mais mieux, grâce à une croissance fondée sur la qualité plutôt que sur la quantité, est une solution rendue possible aujourd’hui. Produire des produits biologiques, des voitures propres, des biens durables et recyclables nécessite plus de travail, crée de nouveaux emplois et permet de produire des richesses sans compromettre l’équilibre environnemental.
Désormais, satisfaire nos besoins sans compromettre ceux de la génération future, implique de passer d’une économie fondée sur « l’avoir plus » à une économie fondée sur « l’être mieux ». Autrement dit, passer d’un modèle productiviste dominé par le court terme à un modèle du bien être, dans lequel l’activité économique serait basée sur la qualité des biens et sur les ressources humaines donc sur le « toujours mieux » plutôt que sur le « toujours plus ».
Notre économie sous l’influence du toujours plus, continue de privilégier le premier modèle de production en activant les rouages d’une croissance des quantités plutôt que ceux d’une croissance de la qualité. Ce type de croissance fige ainsi pour plusieurs décennies l’économie réelle sur le temps présent afin d’accroître la rentabilité à court terme au détriment de l’investissement et de l’environnement. Cette logique de production en négligeant la valeur ajoutée de la qualité et de celle du bien être sur la société, conduit son propre modèle économique dans un cycle de croissance générant plus d’externalités négatives que d’externalités positives. De plus, en différant les investissements préparant la transition écologique, elle retarde la recherche et l’innovation capables d’amorcer cette mutation dans laquelle le paradigme « c’est en étant mieux que l’on vit mieux » trouve tout son sens. Or, aujourd’hui, dans ce contexte, l’engagement des Etats reste trop souvent restreint par l’influence de certaines multinationales et de certains lobbies industriels trop préoccupés par les rendements immédiats.
Cependant, malgré les différents sommets  et accords internationaux : Copenhague, COP 21 …COP 23, malgré les dénonciations au grand jour des risques sur la santé publique de l’utilisation des pesticides comme le glyphosate et malgré les alertes récurrentes des scientifiques sur le dérèglement climatique, il faudra en revenir à ce vieil adage « aux grands maux les grands remèdes ».  Il faut profiter de l’émergence de la prise de conscience citoyenne sur les enjeux environnementaux qui se dessine aujourd’hui, pour en finir avec le culte de la croissance quantitative et s’orienter vers une croissance qualitative source de bien-être grâce aux nouvelles technologies.

C’est une autre vision du progrès, qu’il faut désormais mettre au service de l’économie durable et solidaire où «l’être» prime sur « l’avoir ». Cette orientation nécessite de nouvelles règles de fonctionnement de notre économie. Elle suppose une révolution radicale de nos modes de production et de consommation. Cela impose des changements substantiels dans notre manière de produire, de consommer, de travailler et de répartir les richesses. Les institutions publiques nationales ou européennes ainsi que les entreprises sont les seules à a pouvoir d’agir sur les trois rouages de l’activité économique (Production-Répartition-Consommation) pour provoquer l’accélération de ce changement structurel. L’idée qu’en vivant autrement on peut vivre mieux pourrait ainsi se concrétiser progressivement dans les actes de la vie quotidienne. Construire cette nouvelle économie exige un projet capable de restaurer la confiance en l’avenir en fédérant les États à un niveau supranational. Cette ambition fait aujourd’hui défaut en Europe malgré certaines avancées. La gravité et la rapidité du dérèglement de notre environnement naturel offrent aux États européens l’opportunité de construire cette nouvelle croissance pour la génération future. L’Union  Européenne pourrait ainsi servir de modèle pour le reste du monde, en s’engageant dans cette voie où « l’être » prime sur « l’avoir ».

G.Fonouni

Laisser un commentaire