2021-04-20

R.BOYER

Dix ans après l’ouvrage de M.Aglietta, « Régulation et crises du capitalisme » (1976), Robert Boyer publie « La théorie de la régulation : une analyse critique » (1986), complétée, avec Y.Saillard, par « La théorie de la régulation : l’état des savoirs »(1995). Dans cet ouvrage, on distingue trois niveaux d’analyse :

    – d’une part, les modes de production et leur articulation.
    – d’autre part, les différents régimes d’accumulation.
    – enfin, les formes institutionnelles.L’objet de la théorie de la régulation est de caractériser ces différentes formes institutionnelles :
    – La monnaie ( métallique ou dématérialisée, outil de domination d’une logique privée ou publique …)
    – La configuration du rapport salarial : relations mutuelles entre différents types d’organisation du travail, mode de vie et de reproduction du travail salarié.
    – La concurrence : la façon dont se fait la coordination des décisions.
    – Les modalités d’adhésion au régime international.
    – Les formes de l’Etat.

     Dans la mouvance de Marx et la prise en compte de l’histoire, l’analyse des crises y est largement développée. L’approche régulationniste a donc pour point de départ l’analyse des divers régimes d’accumulation au sein du mode de production capitaliste. Le régime d’accumulation se définit comme  » l’ensemble des régularités qui assurent une progression générale et relativement cohérente de l’accumulation du capital, c’est-à-dire permettant de résorber ou d’étaler dans le temps les distorsions et déséquilibres qui naissent en permanence du processus lui-même » (Boyer 1986).Son fonctionnement se fait dans le cadre de formes institutionnelles entendues au sens de « toute codification d’un ou plusieurs rapports sociaux fondamentaux » .

Historiquement, le passage d’un régime d’accumulation à un autre ou bien d’un mode de régulation à un autre constitue une crise au sens où il y a rupture. Si aucun changement institutionnel ou de politique économique n’est nécessaire pour déclencher le retournement ou la reprise, on parle de « petite crise » (Boyer/Saillard, 1995). L’absence de reprise spontanée signifie que le mode de régulation ou le régime d’accumulation ont été affectés, on se heurte à une « grande crise ».

     L’approche régulationiste est globale, et fournit une grille de lecture intéressante à la réflexion économique.

R.Boyer :  » La théorie de la régulation : une analyse critique » (1986).

R.Boyer : « La bulle et le bruit : qu’est-ce que spéculer ? « , Revue internationale de psychanalyse, 1992.