Susan STRANGE (1923-1998)

Sa vie

Née dans le Dorset, au Royaume-Uni, Susan Strange, diplômée d’économie, débute sa carrière professionnelle comme journaliste à Washington. De retour en Angleterre, tout en poursuivant sa carrière de journaliste, elle enseigne les relations internationales à Londres. En 1978, elle est nommée à la London School of Economics, où elle impose la création d’une filière de troisième cycle en économie politique internationale (EPI).

En 1995, les chercheurs américains en relations internationales, qu’elle critique beaucoup, l’élisent présidente de l’International Studies Association. Son discours inaugural a fait beaucoup de bruit par son irrévérence, caractéristique constante du personnage. Elle décède le 25 octobre 1998.

Sa pensée

La discipline de l’économie politique internationale (EPI) est née, des deux côtés de l’Atlantique, au début des années 70. Associant l’économie, la science politique et l’histoire, elle cherche à répondre à la question:

« Qui détient le pouvoir dans l’économie mondiale ? »

Pour les spécialistes américains de l’EPI, les Etats restent les acteurs déterminants. Si la mondialisation existe, c’est que les plus puissants d’entre eux le souhaitent. Le pouvoir est déterminé par la mesure de leurs ressources matérielles (population, nombre de chars, etc.) et repose d’abord sur la force dans une relation directe entre Etats.

Pour Susan Strange, le pouvoir est plus subtil. Il ne se définit pas dans l’affrontement direct, mais dans la capacité à influer sur l’état des choses, de telle sorte que les préférences de l’un aient la priorité sur les préférences des autres, dans les quatre structures fondamentales que sont la sécurité, la production, la finance et la connaissance. Au total, le pouvoir mondial résulte d’un mélange complexe d’autorités dans ces différentes structures et il se constate dans les résultats de son utilisation plutôt que dans la mesure des ressources qui permettent d’en avoir.

Grâce à cette approche, Susan Strange cherche à décrypter le pouvoir dominant des Etats-Unis afin de mettre les Américains en face de leurs responsabilités dans la progression des désordres mondiaux. Elle analyse également les canaux d’influence de la montée en puissance des acteurs privés internationaux (firmes, ONG, mafias…). Elle a mis en évidence le développement de zones de la mondialisation économique sans régulation politique, comme la finance mondiale, que ni les acteurs publics ni les acteurs privés ne sont plus en mesure de contrôler.

Enfin, elle ouvre des réflexions sur la nécessité de prendre en compte des aspects de la mondialisation qui ne soient le résultat de la stratégie définie d’aucun acteur en particulier, comme l’a montré, par exemple, Ronen Palan dans le cas du développement des paradis fiscaux.

Ses écrits

States and Markets, éd. Pinter Publishers, 1988.

The Retreat of the State, éd. Cambridge University Press, 1996.

Mad Money, éd. Manchester University Press, 1998.

Pour aller plus loin

« Susan Strange et l’économie politique internationale », Roger Tooze, L’Economie politique n° 10, avril 2001.

 


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